Perdre (verbe, v. tr.)
Définition de l'Académie française (éd. 1986)
| Verbe |
se conjugue comme Attendre . IX e siècle, au sens d'« être privé d'une qualité, d'une faculté ». Issu du latin perdere, proprement « donner inutilement », puis « détruire, ruiner », lui-même composé à l'aide de per- , « à travers », et dare, « donner ».
I. V. tr.
A. Être privé de quelqu'un, de quelque chose.
1. Être privé, par la mort, par l'éloignement ou la séparation, d'une personne qu'on aimait, à laquelle on était attaché. Perdre ses parents, un enfant, un ami. Il a déménagé et nous avons perdu un bon voisin.
2. Être privé d'un bien qu'on possédait, dont on avait la jouissance. Il a tout perdu dans l'incendie de sa maison. En 1871, la France perdit l'Alsace et la Lorraine. Perdre son argent aux courses. Ellipt. Si vous revendez vos actions maintenant, vous y
3. Être privé d'une partie du corps, d'une faculté, d'une caractéristique essentielle, d'une qualité. Perdre une dent,
B. Laisser échapper ce dont on disposait.
1. Ne pas conserver, ne pas retenir. Perdre sa clientèle. Cette région a perdu des habitants depuis quelques années. Perdre le contact avec quelqu'un. J'ai perdu toute confiance en lui. Il a perdu l'avantage. Perdre ses repères. Perdre le contrôle d'un véhicule. Perdre de la vitesse, de la hauteur. La voiture perd de l'huile. Absolt. Le tonneau perd , fuit. Spécialt. Égarer. Perdre son parapluie, ses clefs. Je voulais lui écrire mais j'ai perdu son adresse. Perdre son chat. Un enfant qui a perdu sa mère dans la foule. Expr. Perdre du terrain , reculer devant l'ennemi, se laisser distancer ou rattraper par l'adversaire et, fig., se trouver dans une position moins favorable. Perdre les arçons , tomber de sa selle, être renversé de son cheval et, fig., se trouver déconcerté. Fam. Perdre les pédales , voir . . Intranst. Perdre au vent , s'éloigner du lit du vent. Absolt. Le navire perd , sa vitesse décroît. La mer perd, elle se retire, lors du jusant. La marée perd , son coefficient diminue.
2. Ne plus pouvoir suivre, voir échapper. Perdre son chemin, sa route. Les chiens ont perdu la piste, la voie, la trace du gibier. Perdre son rang dans la file,
3. Faire un mauvais emploi, ne pas profiter de quelque chose. Perdre sa jeunesse. Perdre son temps. Il m'a fait
C. Ne pas remporter ; se trouver en situation d'infériorité dans une lutte, une compétition, un affrontement. Perdre une bataille,
D. Causer un dommage, un préjudice à quelqu'un ou à quelque chose.
1. Class. Faire mourir, tuer. Ganelon s'employa à
2. Ruiner, déshonorer, discréditer. Cet homme vous perdra. Travailler à
3. Détruire, endommager quelque chose. Les inondations ont perdu les récoltes. Un moment, une indiscrétion peut tout
II. V. pron.
1. Disparaître, cesser d'être perceptible. Le sommet se perd dans la brume. La musique se perdait dans le bruit des conversations. Le parfum de cette liqueur s'est perdu. Il se perdit dans la foule. Se
2. S'égarer, se fourvoyer. Se
3. Se compromettre, se déshonorer ; causer sa propre ruine. Se
Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)
| v. tr. |
("Je perds, tu perds, il perd; nous perdons, vous perdez, ils perdent. Je perdais. Je perdis. Je perdrai. Je perdrais. Perds. Que je perde. Que je perdisse. Perdant. Perdu.") Être privé de quelque chose qu'on avait, qu'on possédait. "Perdre son bien. C'est un homme qui n'a rien à
"Tout est perdu," Il n'y a plus de ressource, plus d'espérance.
"Vous ne
Fig., "C'est du bien perdu" se dit de Tout ce qui s'offre d'agréable ou d'utile à une personne qui ne sait pas ou qui ne peut pas en profiter. "Lire de beaux vers devant des gens qui n'ont ni goût ni oreille, c'est du bien perdu."
PERDRE signifie aussi Être privé d'un avantage, d'un profit. "Perdre la grâce de Dieu. Il perdit les bonnes grâces du prince. Perdre l'estime, la bienveillance, la faveur, la confiance de quelqu'un. Perdre sa réputation, son crédit, son honneur. Perdre de son crédit, de sa réputation. Perdre son emploi."
Prov., "Ce qui est différé n'est pas perdu", Il ne faut pas désespérer d'une chose qui peut n'être que remise.
PERDRE signifie encore Être privé, par la mort ou autrement, d'une personne qu'on aimait, qu'on a sujet de regretter. "Ce père a perdu depuis peu un de ses enfants. Il a perdu son père et sa mère. Il a quitté Paris, et nous avons perdu ainsi un bon ami."
Il signifie en outre Être privé de quelque partie de soi, subir la perte ou la diminution sensible de quelque faculté, de quelque avantage physique ou moral que l'on possédait. "Perdre un bras, une jambe. Perdre la santé. Perdre la vue. Perdre connaissance. Perdre la raison, l'esprit, le jugement. Perdre la mémoire. Perdre le repos, le sommeil, l'appétit. Perdre sa gaieté. Perdre courage. Perdre l'usage de ses sens."
"Perdre la vie", Mourir.
"Perdre la parole, l'usage de la parole", Ne plus pouvoir parler. "Le malade a perdu la parole depuis vingt-quatre heures". Il signifie aussi Devenir muet de surprise, de crainte, etc.
"Perdre haleine, l'haleine,
Fig., "Perdre la tête," Devenir fou. Il signifie aussi Ne savoir plus où l'on en est. "J'ai tant d'embarras, tant de chagrins, que j'en perds la tête." On dit, dans un sens analogue : "Ma tête se perd, je m'égare. Avoir la tête perdue".
Fig. et fam., "Il en perd le boire et le manger" se dit d'un Homme tellement appliqué à quelque travail qu'il semble négliger toute autre chose. On le dit en général d'une Personne fortement et uniquement occupée de quelque objet.
PERDRE signifie aussi Cesser d'avoir, n'avoir plus. "Les arbres ont perdu leurs feuilles. Cette pierre a perdu de sa dureté. La cuisson fait
Il signifie encore Cesser de suivre ou d'occuper, laisser échapper ou laisser prendre. "Perdre son chemin. Il s'arrêta pendant que le cortège marchait, et il perdit son rang. Perdre la file. Les chiens ont perdu la piste, la trace, la voie, les voies de la bête".
"Perdre du terrain," Se laisser distancer. Il s'emploie aussi figurément et signifie Reculer dans une affaire, au lieu d'avancer.
"Perdre un objet de vue," Cesser de le voir. "Ne perdez pas cet enfant de vue. Le vaisseau s'éloigna et nous le perdîmes de vue".
Fig., "Perdre de vue une affaire", Cesser de la suivre, de s'en occuper. "Perdre quelqu'un de vue," Être longtemps sans en entendre parler.
"Perdre le fil d'un discours", Ne pouvoir plus suivre le discours qu'on avait commencé, ne pouvoir plus se ressouvenir de ce qu'on avait à dire. "Je ne sais plus où j'en étais, vous m'avez fait
"Perdre pied," Ne plus trouver le fond de l'eau avec les pieds. Il s'emploie aussi figurément et signifie Ne savoir plus où l'on en est, se décontenancer.
"Perdre terre" se dit d'un Bâtiment qui s'éloigne assez de la terre pour la
En termes de Marine, sur la Méditerranée : "Perdre la tramontane"; sur les autres mers : "Perdre le nord," Ne plus voir l'étoile polaire, à cause des nuages qui couvrent le ciel; ne plus pouvoir s'aider de la boussole, à cause de l'agitation du vaisseau.
Fig. et fam., "Perdre la tramontane,
Fig. et fam., "Perdre la carte," Se troubler, se brouiller, se confondre dans ses idées.
PERDRE signifie également Ne pas entendre, ne pas voir. "Il a l'oreille dure et perd une partie de ce qui se dit dans la conversation. J'étais mal placé et j'ai perdu une part du jeu des acteurs. Je l'observais bien et je n'ai pas perdu un seul de ses mouvements."
Il se dit encore pour Égarer. "J'ai perdu mon chapeau, mes gants. Nous nous perdîmes dans le bois."
"Perdre quelqu'un," Le laisser s'égarer ou L'égarer, le détourner de sa route. "Ce guide nous a perdus."
Fig., "Je m'y perds, on s'y perd, l'esprit s'y perd" se dit en parlant d'une Chose si embrouillée qu'on en vient à n'y plus rien comprendre.
Fig., "Se
PERDRE signifie aussi Faire un mauvais emploi, un emploi inutile de quelque chose, manquer à en profiter. "Perdre le temps. Perdre son temps. Perdre sa peine, ses soins, ses pas. Perdre sa jeunesse. Perdre l'occasion. J'ai perdu ma journée. Il m'a fait
"C'est du temps perdu, c'est peine perdue" se dit en parlant des Choses pour lesquelles on emploie inutilement du temps, de la peine, soit parce qu'elles ne le méritent pas, soit parce qu'elles ne doivent pas réussir.
"Heures perdues, moments perdus," Heures, moments de loisir d'une personne qui est ordinairement très occupée. On ne l'emploie guère que dans les locutions : "À mes heures perdues, à ses moments perdus. J'irai vous voir à vos heures perdues. Il fait de la musique à ses moments perdus."
Prov., "Un bienfait n'est jamais perdu," Une bonne action trouve tôt ou tard sa récompense.
Prov. et fig., "À laver la tête d'un âne, d'un More, on perd sa lessive," On perd les peines qu'on prend pour instruire une personne stupide, indocile, obstinée, ou pour lui faire entendre raison.
Fig., "Perdre son latin," Employer, sans succès, son savoir et sa peine. "Il a voulu le persuader, il y a perdu son latin."
PERDRE signifie encore Être vaincu en quelque chose par un autre, avoir du désavantage contre quelqu'un ou quelque chose. "Perdre une gageure, un pari, un dédit. Perdre la partie. Qui quitte la partie la perd. Perdre partie, revanche et le tout. Il a perdu son procès. Perdre son avantage, sa supériorité."
"Il joue à tout
PERDRE s'emploie quelquefois absolument et signifie Ne pas obtenir le gain, le profit, l'avantage qu'on désirait ou qu'on espérait. "Vous n'avez pas perdu au change. Il faut savoir
"Jouer à qui perd gagne," Jouer à un jeu où l'on convient que celui qui perdra selon les lois ordinaires gagnera la partie. Il se dit, figurément et familièrement, Lorsqu'un désavantage apparent procure un avantage réel.
"Perdre sur une marchandise," La vendre moins cher qu'on ne l'a achetée.
PERDRE signifie aussi Diminuer de valeur, de qualité. "Son papier perd tant pour cent. Ce genre de valeurs a beaucoup perdu ces temps derniers. Ce vin perd à être gardé longtemps."
"Cet homme, cet ouvrage a beaucoup perdu," On en fait beaucoup moins de cas qu'auparavant.
"Ne rien
PERDRE signifie au figuré Ruiner, déshonorer, discréditer; causer du préjudice à la fortune de quelqu'un, à sa réputation, à sa santé, etc. "C'est un homme qui vous perdra. Il a perdu tous ceux qui se sont opposés à ses desseins. Son inexactitude l'a perdu dans l'esprit de ses chefs. Cette parole imprudente le perdit. La fréquentation de cette maison l'a perdu. Ses débauches le perdront. Vous vous
"C'est un homme perdu" se dit d'un Homme dont les affaires, la fortune sont ruinées.
PERDRE signifie aussi Gâter l'esprit, le jugement; Corrompre les moeurs, débaucher. "Il a perdu par ses maximes une infinité de jeunes gens. Vous le perdez par vos flatteries. Il s'est perdu par ses fréquentations. Cette jeune fille risque de se
"Femme perdue," Femme de mauvaise vie.
PERDRE signifie encore Gâter, endommager quelque chose. "La nielle a perdu les blés. La rivière a débordé et a perdu toutes les récoltes."
"Un moment, une indiscrétion peut tout
SE PERDRE signifie Faire naufrage. "Ce bâtiment s'est perdu sur une côte, contre un rocher. Ces bateaux se sont perdus corps et biens."
Il signifie aussi Disparaître. "Il se perdit dans la foule, et je ne pus le retrouver. Un ballon qui se perd dans les nues."
Fig. et fam., "Se
Fig., "Se
"Le parfum de cette liqueur, de cette essence s'est perdu," Il s'est dissipé, il s'est évaporé.
"Ces couleurs, ces nuances se perdent l'une dans l'autre," Elles passent insensiblement de l'une à l'autre, elles se fondent l'une dans l'autre.
"Cette rivière se perd dans la terre, sous terre à tel endroit," Elle s'enfonce en terre, elle disparaît à tel endroit. "Cette rivière se perd, va se
"Le chemin se perd en tel endroit," Il cesse d'être frayé en tel endroit.
"Cet usage se perd de jour en jour," De jour en jour on cesse de le suivre, on y renonce. On dit dans le même sens "Ce mot s'est perdu, cette acception du mot s'est perdue."
SE PERDRE signifie, dans le langage religieux,
ÊTRE PERDU se dit de Quelqu'un qu'on n'a plus d'espoir de guérir. "Ce malade est perdu."
Le participe passé s'emploie adjectivement dans un certain nombre d'expressions :
"Pays perdu," Pays écarté.
"Balle perdue," Balle qui atteint une personne, une chose qui n'était pas visée.
"Puits perdu," Puits dont le fond est de sable et où les eaux se perdent.
Fig., en termes de Maçonnerie, "Ouvrages à pierres perdues, à pierre perdue," Construction qu'on établit dans l'eau en y jetant de gros quartiers de pierre. "Les fondations de cette digue, de ce môle ont été faites à pierres perdues."
"Moulage à cire perdue," Moulage dans lequel la maquette en cire est détruite par l'opération.
"Faire flotter du bois à bois perdu, à bûche perdue," Le jeter dans de petites rivières non navigables pour le rassembler à leur embouchure dans de plus grandes rivières et en former des trains.
Fig., "À corps perdu," Avec impétuosité, sans songer à se ménager. "Se jeter à corps perdu sur quelqu'un. Se jeter à corps perdu dans la mêlée. Il se jette à corps perdu dans les entreprises les plus hasardeuses."
"Placer de l'argent à fonds perdus," Placer son argent en viager.
"Pain perdu." Voyez
Fig., "Salle des pas perdus," Grande salle de libre accès, qui sert de vestibule à un édifice public et de promenoir d'attente.
"Reprise perdue," Reprise faite de manière qu'on ne l'aperçoive pas et qu'elle se confonde avec le tissu de l'étoffe.
En termes de Peinture, "Contours perdus," Contours qui ne tranchent pas sur le fond.
En termes de Guerre, "Sentinelle perdue," Sentinelle postée dans un lieu extrêmement avancé. "Enfants perdus" se disait de Ceux que l'on chargeait des expéditions, des missions les plus périlleuses. "Commander les enfants perdus. Il combattit à la tête des enfants perdus." Il se dit, par extension, de Ceux que l'on pousse à faire les premières et les plus périlleuses démarches dans une affaire de parti, ou qui s'y aventurent d'eux-mêmes. "C'est l'enfant perdu du parti. Il s'est avancé dans cette affaire en enfant perdu."
Fig., "C'est une tête perdue" se dit d'une Personne qui montre dans sa conduite, dans ses discours une sorte d'égarement d'esprit.
Prov. et fam., "Pour un de perdu, deux de retrouvés" se dit en parlant des Choses dont on veut faire entendre que la perte est facile à réparer.
Substantivement, "Courir comme un perdu, crier comme un perdu," Courir, crier de toute sa force.
Dictionnaire d'Emile Littré
| Verbe |
1 Être privé de quelque chose dont on était en possession.
CORN.: « On perd tout quand on perd un ami si fidèle »
CORN.: « Je perdrai mes États, et garderai mon rang »
BOSSUET: « Elle eut une magnificence royale ; et l'on eût dit qu'elle perdait ce qu'elle ne donnait pas »
BOSSUET: « Je serrais les bras, mais j'avais déjà perdu ce que je tenais »
BOSSUET: « Les misérables qui n'ont rien à
VOLT.: « Le prince d'Espagne, Louis de la Cerda, fils de celui qui perdit le trône »
Perdre Dieu, ne plus avoir sa grâce, ne plus croire en lui.
BOSSUET: « C'est ainsi que nous perdons Dieu, dont toutefois nous ne pouvons nous passer ; car il y a au fond de notre âme un secret désir qui le demande sans cesse »
Familièrement. Vous ne
LA FONT.: « Croyez-moi, vous n'y
On dit dans le même sens : n'en
MOL.: « Tu n'en perds que l'attente, et je te le promets »
Il se dit aussi des personnes en ce même sens.
VOIT.: « Après tout, je suis plus à vous que jamais ; il est vrai, madame, que vous ne sauriez me
CORN.: « Il faut venger un père et
SÉV.: « Je crus que je ne vous perdrais pas pour cela [une lettre non écrite], puisque vous ne m'aviez pas perdue pour quelque chose de plus »
FLÉCH.: « On le négligea comme un serviteur qu'on ne pouvait
LA BRUY.: « La neutralité entre des femmes qui nous sont également amies, quoiqu'elles aient rompu pour des intérêts où nous n'avons nulle part, est un point difficile ; il faut choisir souvent entre elles, ou les
2 Être privé d'un avantage, d'un profit qu'on aurait pu obtenir. Perdre les bonnes grâces de quelqu'un. Perdre sa réputation, son honneur, ses emplois.
BOSSUET: « Deux mots que lui dit son père lui font bien entendre qu'il n'a pas perdu ses avantages »
RAC.: « Je perdrais ma vengeance en la rendant si prompte »
MASS.: « Ils se voient mille fois à la veille de
3 Être séparé, par la mort ou autrement, de personnes qu'on aime, qu'on regrette. Notre servante s'est mariée ; nous avons perdu là une excellente domestique.
SÉV.: « Plaignez-moi d'avoir perdu le cardinal de Retz »
MAINTENON: « Je crains toujours qu'elle ne perde bientôt son mari, et que vous ne la perdiez ensuite »
RACINE: « Mais il me faut tout
RACINE: « J'ai perdu, dans la fleur de leur jeune saison, Six frères.... »
VOLT.: « J'ai perdu mon cher Damilaville, dont l'amitié ferme et courageuse avait été longtemps ma consolation »
D'ALEMB.: « Vous aurez déjà appris que nous avons perdu Gresset, si le mot perdu n'est pas trop fort pour un homme qui ne disait plus que des orémus »
4 Être privé de quelque partie de soi.
PASC.: « Quel avantage pensait nous procurer Platon, en disant que c'était [l'homme] un animal à deux jambes sans plumes ?... puisqu'un homme ne perd pas l'humanité en perdant les deux jambes, et qu'un chapon ne l'acquiert pas en perdant ses plumes »
BOURDAL.: « Il vaut bien mieux
FÉN.: « Il perdait son sang et ses forces »
J. B. ROUSS.: « Perdrai-je l'oeil ? lui dit Messer Pancrace [qui avait reçu un coup dans l'oeil]. - Non, mon ami ; je le tiens dans ma main »
Perdre la vie, mourir.
FÉN.: « Je crus que Mentor avait perdu la vie »
Perdre la tête, avoir la tête coupée.
VOLT.: « Trois pairs écossais furent condamnés à
Fig. Perdre la tête, devenir fou, et aussi ne savoir plus où l'on en est.
VOLT.: « Ayez pitié de votre ancienne créature qui a perdu la tête, et à qui il ne reste que son coeur »
BEAUMARCH.: « Le comte : Ah ! qu'il consente à tout, et je ne lui demande rien. - Figaro : Que la quittance de mes cent écus : ne perdons pas la tête »
Populairement. Perdre la boule, ne plus savoir ce qu'on fait (boule est ici un mot populaire pour tête). Laissez-moi donc tranquille ; avec toutes vos observations vous me feriez
Subir la perte ou la diminution de quelque faculté physique ou morale. Perdre le repos, le sommeil. Perdre patience. Perdre courage.
BOSSUET: « Il [Charles Ier] a montré qu'il n'est pas permis aux rebelles de faire
RAC.: « Il perd le sentiment »
RAC.: « Si je le hais, Cléone ? il y va de ma gloire Après tant de bontés dont il perd la mémoire »
D'ALEMB.: « Je plains Votre Majesté si elle commence, comme elle prétend, à
Perdre la parole, l'usage de la parole,
RAC.: « Dandin : Parlez donc, avocat. - Petit Jean : J'ai perdu la parole »
DUCIS: « Perdant tout ensemble et la voix et les pleurs »
Fig. Perdre la parole, devenir muet de surprise, de crainte, d'embarras.
MOL.: « Avez-vous donc perdu, dites-moi, la parole ? »
Perdre haleine, l'haleine, la respiration, manquer de respiration.
BÉRANG.: « Écoute, mouchard, mon ami, Je suis ton capitaine ; Sois gai pour tromper l'ennemi, Et chante à
Perdre l'esprit, devenir fou, et aussi ne pas savoir comment se tirer de quelque embarras.
BOSSUET: « Je tremble au seul récit de la tempête furieuse dont sa flotte fut battue pendant dix jours ; les matelots furent alarmés jusqu'à
On dit dans le même sens :
MOL.: « Avez-vous, dites-moi, perdu le jugement ? »
Familièrement. Il en perd le boire et le manger, c'est-à-dire il est tellement préoccupé de quelque chose qu'il semble ne songer à rien autre.
5 Ne pas entendre. Il a l'oreille dure, il perd une partie de ce qui se dit dans la conversation.
MARIVAUX: « Je ne perdis rien de tout ce qu'elle me dit, et en vérité je vous le rapporte presque mot pour mot, tant j'en fus frappée »
Ne pas comprendre. Il sait l'anglais imparfaitement, et il perd une partie de ce qui se dit.
Ne pas voir. Il était mal placé, et perdait une partie du jeu des acteurs.
GENLIS: « Sainville ne perdait aucun de ses mouvements »
6 Être privé d'une chose qui est sortie hors de notre possession par quelque accident. Perdre son chapeau, son mouchoir.
REGNARD: « Le bon est qu'en courant il a perdu sa botte, Et que, marchant toujours, enfin il s'est trouvé Une botte de moins quand il est arrivé »
Priver quelqu'un d'une chose qu'on met par accident hors de sa possession.
LA BRUY.: « On lui perd tout, on lui égare tout »
Perdre quelqu'un, se séparer de lui de manière à ne plus pouvoir le retrouver.
BARON: « J'ai perdu mon maître à l'Opéra ; je ne sais ce qu'il est devenu »
En ce sens, il se dit aussi de certains animaux. Ce chien a perdu con maître.
Perdre quelqu'un, le détourner de sa route, l'égarer. Ce postillon nous a perdus.
Perdre quelqu'un,
DANCOURT: « Cidalise la promène ; elle tâchera de la
CORN.: « Attale : Insolent ! est-ce enfin le respect qui m'est dû ? - Nicomède : Je ne sais de nous deux, seigneur, qui l'a perdu »
RETZ: « Tellier et Servien se contentèrent de ne lui pas applaudir [à Mazarin] ; mais le garde des sceaux lui perdit tout respect »
PASC.: « Ce présent perdait son prix par son abondance »
SÉV.: « J'ai perdu, à force de vous écouter, la grossière ignorance sur bien des choses »
RAC.: « À force d'attentats
FÉN.: « Nous avons perdu l'espérance de le revoir »
FÉN.: « Il n'avait rien perdu de sa fierté »
Fig. J'y perdrai mon nom, voy. NOM, n° 1, à la fin.
Cette rivière perd son nom dans telle autre, cette rivière, en tombant dans telle autre, prend le nom de celle-ci.
Renoncer à.
MAIRET: « Ah ! madame, perdez cette injuste créance »
CORN.: « La belle, voyez-vous, qu'on perde ces caprices »
MOL.: « Et les premières flammes S'établissent des droits si sacrés sur les âmes, Qu'il faut
RAC.: « Quoi ! vous ne
BRUEYS: « Votre mélancolie m'afflige ; vous la
Mme RICCOBONI: « Vous resterez, je le veux ; il faut
8 Cesser de suivre, d'occuper, laisser échapper, laisser prendre. Perdre son chemin. Le cocher s'est laissé couper, il a perdu la file.
FÉN.: « Je ferai que le pilote perdra sa route »
CHATEAUBR.: « Tout à coup elle [Cymodocée] s'aperçoit qu'elle a perdu le sentier de la montagne »
Fig. Perdre la trace, les voies, le train d'une affaire, ne savoir plus où elle en est.
Perdre du terrain, reculer au lieu d'avancer ; se laisser distancer par un concurrent.
Terme de manége. Perdre du terrain, se rétrécir sur les voltes.
Perdre de vue, voy. VUE.
Fig. Perdre le fil de son discours, n'en pouvoir plus trouver la suite.
Perdre le fil du discours d'un autre, n'en pas pouvoir comprendre la suite.
Perdre pied,
9 Terme de marine. Perdre terre, cesser de voir la terre.
Perdre la sonde, ou
Perdre la tramontane, voy. TRAMONTANE.
Fig. et familièrement. Perdre la carte, se brouiller dans ses idées.
Perdre ses mâts, ses voiles, son gouvernail, se dit lorsque les mâts sont abattus, les voiles emportées, le gouvernail démonté par l'effet du mauvais temps.
Un officier commandant perd ou a perdu un bâtiment, lorsque ce bâtiment fait ou a fait naufrage pendant qu'il le commandait.
10 Perdre, faire un mauvais emploi, un emploi inutile.
CORN.: « Et je perds mon trépas, Puisque, mourant pour lui, je ne le sauve pas »
CORN.: « Il aime mieux se jeter aux pieds de cette marâtre impérieuse qu'il hait et qu'il a bravée, que de
CORN.: « Perdez fort peu de temps en ce doux entretien »
CORN.: « Ne perds plus de raisons à combattre ma flamme »
SÉV.: « A-t-on gagé d'être parfaite ? non assurément ; et, si j'avais fait cette gageure, j'y aurais bien perdu mon argent »
SÉV.: « Entrez dans ces raisonnements [les probabilités que le jeune de Grignan n'aille pas à la guerre] .... et ne vous mettez point si tôt en travail ; c'est dommage de
RAC.: « Et de ce peu de jours si longtemps attendus, Ah ! malheureux ! combien j'en ai déjà perdus ! »
RAC.: « En quels retardements D'un jour si précieux perdez-vous les moments ? »
RAC.: « Ma vengeance est perdue, S'il ignore en mourant que c'est moi qui le tue »
Perdre temps,
MALH.: « Laisse-moi, raison importune.... Tu perds temps de me secourir, Puisque je ne veux point guérir »
CORN.: « Je n'ai point perdu temps, et, voyant leur colère [des conjurés contre Auguste] Au point de ne rien craindre, en état de tout faire, J'ajoute en peu de mots.... »
CORN.: « Qu'on ne perde point temps à s'entre-regarder ; Parlez.... »
Perdre temps, ne pas arriver à temps.
MOL.: « Monsieur, j'ai perdu temps, votre homme se dédit »
Ne perdez point de temps à, hâtez-vous de (locution vieillie).
Mme DE GRIGNAN: « Ne perdez point de temps à le porter [l'entier payement] ici, ni à le donner à Saint-Georges sur son reçu »
Familièrement. Il y perd son latin, voy. LATIN, n° 6.
Dans un sens analogue.
BÉRANGER: « Je sens déjà crouler notre planète ; L'observatoire y perdra ses compas »
Fig. Vous y perdez vos pas, c'est-à-dire vous ne réussirez pas à ce que vous entreprenez.
LA FONT.: « Qui va, qui vient, qui court, qui perd ses pas »
11 Avoir le désavantage.
MOL.: « Je voudrais, m'en coutât-il grand'chose, Pour la beauté du fait avoir perdu ma cause »
MAINTENON: « Si vous perdez une bataille, tout est perdu dans ce moment ; si vous ne la donnez pas, vous perdez tout, peut-être un peu plus lentement, mais vous perdez tout »
VOLT.: « La jurisprudence d'Espagne est précisément comme celle de France : on change de lois en changeant de chevaux de poste, et on perd à Séville le procès qu'on aurait gagné à Saragosse »
Ne rien
SÉV.: « Il m'envoie sa harangue, qui ne perd rien pour être imprimée »
BOSSUET: « Si leur union [de Louis XIV et de Charles II] ne perd rien de sa fermeté »
MARIVAUX: « Je me trouvai sur son passage, elle ne perdait rien à être vue de près »
Terme de jeux. Perdre les cartes, faire moins de levées que la personne contre laquelle on joue.
Il se dit aussi de l'argent que l'on donne à celui qui gagne une partie de jeu.
SÉV.: « Mon fils me fit l'autre jour une assez méchante plaisanterie : il me manda qu'il avait perdu au reversis deux cent soixante louis »
Fig. Il joue à tout
12 Causer la ruine.
CORN.: « Quels que soient leurs décrets [des dieux], déclarez-vous pour eux, Et pour leur obéir perdez le malheureux »
CORN.: « Je perdrai qui me perd, ne pouvant me sauver »
SACI: « Je perdrai toute la maison d'Achab, et je tuerai de la maison d'Achab jusqu'aux petits enfants, jusqu'aux animaux »
PASC.: « Étant tous unis dans le dessein de
BOSSUET: « Antiochus l'illustre, roi de Syrie, conçut le dessein de
FLÉCH.: « L'empereur [Théodose], ayant appris ce désordre, en fut tellement irrité, qu'il résolut de
RAC.: « Et, pour nous rendre heureux, perdons les misérables »
MASS.: « On se perdait en voulant
DANCOURT: « Que voulez-vous que je vous réponde ? vous avez voulu me
MONTESQ.: « Les leudes et les grands officiers se crurent perdus ; ils la perdirent [Brunehault] »
VOLT.: « La cabale jésuitique ne voulut-elle pas
Perdre d'honneur, de réputation, ôter l'honneur, la réputation, en action ou en parole.
CORN.: « Il a perdu d'honneur [par un soufflet] Celui que de mon fils j'ai fait le gouverneur »
MARIVAUX: « Toujours protectrice des gens qu'elle perdait de réputation par la bouche des autres »
VOLT.: « Tu me perds d'honneur, ma chère Polly »
Perdre auprès de quelqu'un, dans l'esprit de quelqu'un, ôter la faveur, la bonne opinion.
CORN.: « Je vois qu'il a voulu me
MARIVAUX: « Que ne m'avez-vous consultée avant que d'écrire à ma mère, lui repartis-je en sanglotant ? vous achevez de me
Par exagération. Causer un grand tort, un grand embarras.
DIDEROT: « Mon cher oncle, je m'en irai ; je m'en retournerai ; ne me perdez pas »
BEAUMARCH.: « Viens donc, malheureux ! tu me perds »
Il se dit aussi des choses qui causent la ruine.
CORN.: « D'un si lâche dessein mon âme est incapable, Il perd trop d'innocents pour punir un coupable »
MARIV.: « Je lui ai dit que son indiscrétion la perdrait, que son silence ferait sa fortune »
VOLT.: « Il leur est arrivé [aux jésuites] dans un siècle de lumière et de modération ce qui arriva aux templiers dans un siècle d'ignorance et de barbarie : l'orgueil perdit les uns et les autres »
13 Gâter l'esprit, corrompre les moeurs.
BOSSUET: « Lorsque le roi Henri VIII s'égara dans les passions qui ont perdu Salomon et tant d'autres rois »
RAC.: « Malheureuse ! voilà comme tu m'as perdue »
Perdre une femme, la jeter dans le désordre.
J. J. ROUSS.: « Comment l'amour, qui perd tant d'honnêtes femmes.... »
J. J. ROUSS.: « L'indigence et la séduction perdaient une fille modeste et sage, qui peut faire un jour une excellente mère de famille »
Causer la damnation.
BOURDAL.: « Et mille fois elle [l'âme du religieux] se félicite elle-même d'avoir su
BOURDAL.: « C'est une illusion qui perd une infinité de demi-chrétiens, et qui nous perdra »
MASS.: « Ô Dieu !... si le nombre de ceux qu'il faudrait
14 Endommager, gâter. La nielle a perdu les blés. La pluie a perdu la robe de cette dame.
15 Confondre avec, rendre insensible dans. Il faut
Terme de gravure. Perdre une taille, la rendre insensible ; la joindre à une autre, de manière que les deux se confondent ensemble.
16 V. n. Perdre, ne pas obtenir le gain, le profit, l'avantage qu'on espérait.
SÉV.: « Si elle [Mme de Bouillon] est innocente, elle perd infiniment de n'avoir pas le plaisir de triompher »
SÉV.: « Je comprends qu'en effet vous perdez un peu que je ne sois plus à Paris »
FÉN.: « Je suis charmé de mon prédicateur ; vous avez bien perdu de n'être pas à son sermon »
Ce marchand perd sur sa marchandise, il la vend moins cher qu'il ne l'a achetée.
Il perd dans son commerce, il y souffre du dommage, du préjudice.
On dit de même :
Perdre à, manquer à.
CORN.: « Je perds bien à gagner, de ce que ma boutique, Pour être trop étroite, empêche ma pratique »
17 Avoir le désavantage au jeu.
LABRUY.: « Si l'on joue, il gagne au jeu : il veut railler celui qui perd, et il l'offense »
REGNARD: « Tu peux me faire
Jouer à qui perd gagne, jouer à un jeu où l'on convient que celui qui perdra la partie selon les règles ordinaires, la gagnera ; et fig. obtenir un avantage réel au prix d'un désavantage apparent.
18 Diminuer de valeur. Les actions ont perdu.
LA FONT.: « Je ne dormirai point sous de riches lambris : Mais voit-on que le somme en perde de son prix ? »
Cet homme a beaucoup perdu dans l'opinion, c'est-à-dire on en fait moins de cas qu'auparavant.
J. J. ROUSS.: « Vous aviez gagné chez les paysans, vous perdez chez les beaux esprits »
Sa réputation perd chaque jour, l'estime qu'on faisait de lui diminue chaque jour.
Diminuer d'intensité, de force, de qualité. Le vin perd en vidange. Ces fruits perdent à attendre.
BUFF.: « Je cherchai combien la lumière du soleil perdait par la réflexion à différentes distances »
Empirer.
MONTESQ.: « Chez les peuples misérables l'espèce perd et quelquefois dégénère »
GRESSET: « Dans maint auteur de science profonde J'ai lu qu'on perd à trop courir le monde »
19 Terme de marine. La mer perd, la marée se retire.
Les marées perdent, lorsqu'elles sont dans la période pendant laquelle chaque marée est plus faible que celle qui l'a précédée.
Un navire perd, lorsqu'il est gagné par un autre ou qu'il recule au lieu d'avancer. Il perd au vent lorsqu'il ne tient pas bien le vent.
20 Se
CORN.: « Le temps se perd, seigneur »
LA FONT.: « Elle gémit en vain ; sa plainte au vent se perd »
BOSSUET: « Lui [Dieu], aux yeux de qui rien ne se perd »
BOSSUET: « Nous mourons tous... et nous allons sans cesse au tombeau, ainsi que des eaux qui se perdent sans retour »
RAC.: « J'ai voulu lui parler, et ma voix s'est perdue »
D'ALEMB.: « J'entends dire qu'elle [une actrice] n'a que des défauts qui se perdent aisément, mais qu'elle a toutes les qualités qui ne s'acquièrent point »
DIDEROT: « Ses parents, qui n'approuvaient pas ce dessein, l'envoyèrent [Juste Lipse] à Louvain, où sa vocation se perdit »
Se
L'odeur de cette liqueur, de cette essence, s'est perdue, elle s'est dissipée.
Neutralement. Laisser
LA ROCHEFOUC.: « La fortune ne laisse rien
Il se dit des lois, des usages, des coutumes qui cessent, des mots qui tombent en désuétude. Cet usage se perd de jour en jour. Ce mot se perd. Cette acception s'est perdue.
MONTESQ.: « La loi des Wisigoths triompha, et le droit romain s'y perdit »
Cette rivière se perd dans la terre, sous terre à tel endroit, elle s'enfonce en terre et disparaît à cet endroit.
FONTEN.: « Si ces eaux trouvent des terres sablonneuses, elles se filtrent au travers, et se perdent ; il faut des fonds qui les arrêtent, tels que sont des lits de glaise »
Cette rivière se perd, va se
RAYNAL: « L'Uruguay, qui se perd dans le même fleuve [le Paraguay] vers le 34e degré de latitude »
Cette rivière se perd dans les sables, elle y finit son cours et ses eaux s'y absorbent.
Le chemin se perd en cet endroit, il cesse d'être frayé.
21 S'abîmer.
RAC.: « J'ai demandé Thésée aux peuples de ces bords Où l'on voit l'Achéron se
LA BRUY.: « Les jours, les mois, les années s'enfoncent, et se perdent sans retour dans l'abîme des temps »
VOLT.: « La rivière s'élargissait toujours ; enfin elle se perdait sous une voûte de rochers épouvantables qui s'élevaient jusqu'au ciel »
BONNET: « Qui percera cette nuit profonde, qui sondera cet abîme où la nature va se
Fig. Tomber comme dans un précipice.
BOSSUET: « C'est dans cet abîme profond [l'incrédulité] que la princesse palatine allait se
MONTESQ.: « Les fleuves courent se mêler dans la mer : les monarchies vont se
CHATEAUBR.: « En niant le péché originel, vous serez forcés d'aller vous
22 Disparaître.
TRISTAN: « Et dans un char de feu te perdant à mes yeux »
FÉN.: « Des montagnes qui se perdaient dans les nues »
MARMONTEL: « Je lui répondis que Paris était pour moi un trop grand théâtre, que je m'y perdrais dans la foule »
C. DELAVIGNE: « Je me perds dans la foule et deviens invisible »
Fig. Se
BOILEAU: « L'un a peur de ramper, il se perd dans la nue »
Fig. Se
23 Se terminer.
MOL.: « De ces petits pourpoints sous les bras se perdant »
Se
BOILEAU: « Que l'action, marchant où la raison la guide, Ne se perde jamais en une scène vide »
RAC.: « Tandis.... Que vos ressentiments se perdront en discours »
24 Se confondre en.
BOSSUET: « Les dix tribus se perdent parmi les gentils »
CHATEAUBR.: « Les peuples, réconciliés ou vaincus, viennent se
Ces nuances, ces couleurs se perdent l'une dans l'autre, elles deviennent tellement mêlées qu'on n'en voit plus la différence.
25 S'anéantir.
BOSSUET: « Se
J. J. ROUSS.: « Je me sentais avec une sorte de volupté accablé du poids de cet univers.... j'aimais à me
J. J. ROUSS.: « Va donc, douce chimère d'une âme sensible, félicité si charmante et si désirée, va te
26 Se
SCARR.: « Un vieux gentilhomme qui s'était enrichi aux Indes, et qui s'était perdu en mer six mois après son mariage.... »
LAPÉROUSE: « Depuis trente ans que je navigue, il ne m'est pas arrivé de voir deux vaisseaux aussi près de se
27 S'égarer, ne plus retrouver son chemin.
VOIT.: « Cet autre [chemin] si droit, par lequel on m'assurait que je ne me pourrais
Neutralement. Mener
Fig.
PASC.: « Il [Épictète] se perd dans la présomption de ce que l'on peut »
BOSSUET: « Je ne me perds point, dit David, dans de tels excès ; et voilà l'orgueil méprisé dans ses égarements »
Fig. Se
BOSSUET: « Mais, en se trouvant ainsi soi-même, étrange confusion ! elle [l'âme] se perdra bientôt soi-même »
BOSSUET: « Ainsi il est vrai qu'il a perdu Dieu ; mais nous avons dit, et il est vrai, qu'il ne faut pas s'étonner s'il s'est après cela perdu lui-même »
28 Fig. Avoir l'esprit surmonté par la grandeur ou la difficulté des choses.
PASC.: « C'est le plus grand caractère sensible de la toute-puissance de Dieu que notre imagination se perde dans cette pensée »
PASC.: « Ils embrouillent toutes choses, et, perdant tout ordre et toute lumière, ils se perdent eux-mêmes et s'égarent dans des embarras inexplicables »
BOSSUET: « Ne nous perdons pas, chrétiens, dans ces hautes spéculations »
BOSSUET: « Quel esprit ne se perdrait dans la contemplation de tant de merveilles ? »
DESHOULIÈRES: « Enfin dans cet horrible gouffre De misère et de vanité Je me perds ; et plus j'envisage La faiblesse de l'homme et sa malignité, Et moins de la divinité En lui je reconnais l'image »
VOLT.: « Les raisonneurs hardis qui se sont perdus dans la profondeur de ces recherches »
J. J. ROUSS.: « Je me perdais dans ces foules de règles »
Je m'y perds, je n'y connais rien.
BOSSUET: « Tout le monde a envie de rire : j'avoue, pour moi, que je m'y perds »
VOLT.: « Comment le fils d'un berger peut-il donner quarante gros diamants ? pourquoi est-il monté sur une licorne ? on s'y perdait »
LAMART.: « Plus je sonde l'abîme, hélas ! plus je m'y perds »
On dit aussi en ce sens : je me perds.
SÉV.: « Quand vous me dites que cela n'est pas considérable, je me perds et ne peux comprendre comme cela se peut faire »
RAC.: « Comme vous je me perds d'autant plus que j'y pense »
Ma tête se perd, je m'égare, mes idées se troublent.
29 Avoir l'esprit absorbé.
SÉV.: « Je me perds dans cette pensée »
CHATEAUBR.: « Le Nestor des Natchez parut se
30 Cesser d'avoir des rapports d'amitié.
SÉV.: « Nous ne nous perdons point, de notre race ; nos liens s'allongent quelquefois, mais ils ne se rompent jamais »
31 Causer sa propre ruine. Il se perd par ses dépenses excessives.
CORN.: « Vous, s'il y faut périr, périssez avec moi ; C'est gloire de se
RAC.: « Cléone : Vous vous perdez, madame ; et vous devez songer... - Hermione : Que je me perde ou non, je songe à me venger »
Il joue à se
Se
CORN.: « Voulez-vous que pour lui je me perde d'honneur ? »
Se
VOLT.: « Mademoiselle [de Montpensier] se perdit pour jamais dans l'esprit du roi »
Se
C. DELAV.: « C'est se
32 Se damner.
PASC.: « Si vous en demeurez là, vous ne laisserez pas de vous
BOURDAL.: « Les pécheurs ordinaires se perdent par un excès de confiance ; mais les libertins et les impies déclarés se perdent par un défaut de confiance »
MAINTENON: « Verrai-je tout le monde se convertir, pendant que vous demeurerez dans le chemin de vous
LA BRUY.: « Elles se perdaient gaiement par la galanterie, la bonne chère et par l'oisiveté ; et elles se perdent tristement par la présomption et par l'envie »
33 Terme de jeu de billard. Se
PROVERBES
REMARQUE
Fléchier voulait qu'on dît au présent, avec l'interrogation : perdé-je ? Vaugelas, qu'on dît perds-je ? Perdé-je est dit par Mme de Grignan : Rien n'est plus digne de vos regrets [que la mort de Mme de Sévigné] ; et moi, monsieur, que ne perdé-je point ? dans SÉV. t. x, p. 387, éd. RÉGNIER. Louis XIV dit un jour : Depuis six ans que j'ai tant d'ennemis sur les bras, perds-je un seul pouce de terre, dans RICHELET, Dict. Il ne faut pas dire perdé-je qui est un barbarisme ; perds-je, qui est correct, n'est pas usité : il faut dire est-ce que je perds ?
HISTORIQUE
Xème siècle
Eulalie: Melz [mieux] [elle] sostendreiet les empedemenz, Qu'elle perdesse sa virginitet
ib. p. 469: Car co videbant per spiritum prophete, que astreient [seraient] li judei perdut, si cum il ore sunt, Fragm. de Valenc. E io ne dolreie [je ne serais pas en chagrin] de tanta millia hominum, si perdut erent ?
XIème siècle
Lois de Guill, 39: Dous [deux] sunt perceners [ont portion] de une erité, e est l'un emplaidé senz l'altre, e per sa folie si pert ; ne deit pur ço l'altre estre perdant
Ch. de Rol. III: Assez est mielz qu'il i perdent les chez [têtes]
ib. XXII: A bien petit que il ne pert le sens
XIIème siècle
Ronc. p. 64: La teste [il] i pert, n'i laissa autre gage
Couci, XVI: Car qui le sien donne retraiament [de mauvaise grace], Son gré en pert....
ib. XXIV: Onques teurtre [tourterelle] qui pert son compagnon Ne fut un jour de moi plus esbahie
ib. XXIV: Car cil qui voit tel amour desevrer, A assez plus de duel [deuil] et de pesance Que n'auroit jà li rois s'il perdoit France
Sax. v: N'i [en une belle femme] perdi pas nature ses oevres ne son tens
ib. XXV: Jà Herupe la gente.... Ne perdra à mon temps sa franchise et son nom
XIIIème siècle
Berte, XXII: Tant [elle] fuit que de lui [elle] perdent li serjant le regart
ib. LII: Et longuement avez esté au bois perdue
ib. LXVI: ....Qui font tant par trop boire Que il en perdent si le sens et la memoire....
ib. CX: J'ai ma route [chemin] perdue, s'[si] en ai le cuer dolent
Chr. de Rains, 183: Et quant li quens [le comte] vit et entendit lor mauvais cuers et lor mauvais respons, si ot tout le cuer pierdu
la Rose, 4632: Quant ton tens perdu i auras
BRUN. LATINI: « Qui ne pense neant des choses alées [passées] a sa vie perdue »
Bibl. des chartes, 4e série, t. II, p. 375: Vos choses visitez sovent.... quar li sages dist que celly qui sovent veyt son desert, se rien ne gaigne, rien ne pert
JOINV.: « Se nous ne nous croisons, nous perdrons le roy ; et se nous nous croisons, nous perdrons Dieu ; que [car] nous ne nous croiserons pas pour li »
JOINV.: « Et il me vit, et estandi ses bras, et me dit : A ! seneschal, j'ai perdue ma mere »
XIVème siècle
Baud. de Seb. VIII, 483: Se je perdi ier soir, je doi hui recouvrer
MACHAUT: « Et se tu prens gens de nient, Tu te pers tout à escient »
XVème siècle
Myst. du siége d'Orléans, p. 761: Y [il] ne fault qu'un coup pour tout
FROISS.: « Le pays me sembla moult estrange ; et me tinsse pour perdu ou en très grande aventure, si ce ne fust la compagnie du chevalier »
FROISS.: « Si nous estions pris à force, nous perderiemes nos corps et le nostre »
FROISS.: « Par voies tortes et obliques et par chemins perdus »
MONSTREL.: « Ce fut peine perdue »
LEFEVRE DE ST-REMY: « Les Anglois estoient en adventure de
COMM.: « Et furent contraintz de passer parmi nous, aucuns eschapperent, et le plus se perdirent »
XVIème siècle
G. CRETIN: « Qui pert et recoeuvre ne sçait qu'est dueil »
RAB.: « Je me perds en cette contemplation »
DESPORTES: « Si mes ans les plus beaux, hélas ! trop mal perdus Au volage appetit d'amour et d'une dame »
DESPORTES: « Dieu des hommes perdus [Amour], sera-ce jamais fait ? Seray-je tousjours butte aux douleurs incurables ? »
MONT.: « L'ame qui n'a point de but estably, elle se perd »
MONT.: « Perdre un procez »
MONT.: « En cecy perdoi-je mon latin »
MONT.: « Il se jecta à corps perdu dans la presse des ennemis »
MONT.: « Toute l'Asie se perdit et se consomma en guerres pour le macquerellage de Paris »
MONT.: « Il joua contre luy un soupper : il perdit, paya son soupper... »
D'AUB.: « Qui diable vous a dit cela en ce païs perdu ? je pensois qu'aussi bien que les Bretons, vous ne sçussiez nouvelle du mariage des rois qu'au basteme de leurs enfans »
D'AUB.: « Au milieu des deux estoit à l'ancre la caraque bien chargée de lest, qui avec des couleuvrines tiroit à coups perdus dans la ville »
D'AUB.: « ....pour l'extreme jalousie du mari, qui ne la perdoit non plus que son ombre »
D'AUB.: « La honte se perdit, vostre coeur fut taché De la pasle impudence, en aimant le peché »
AMYOT: « C'estoit un homme escervelé et furieusement espris et perdu de convoitise de regner »
AMYOT: « Peu après il s'apperceut bien qu'il s'estoit ruiné luy mesme, et avoit quant et quant perdu la liberté de son païs »
AMYOT: « Toutes les fois qu'ilz jouoient aux dez, Antonius perdoit tousjours »
MARG.: « Perdit le boire et le manger »
COTGRAVE: « À gens de bien on ne perd rien »
ID.: « Argent fait
COTGRAVE: « Asseurement chante qui n'a que
ID.: « Assez gaigne qui malheur perd »
COTGRAVE: « Il ne perd rien qui ne perd Dieu »
COTGRAVE: « On ne doit point querir brebis qui se veut
COTGRAVE: « Par trop presser l'anguille on la perd »
COTGRAVE: « Qui ne retire de sa vache que la queue ne perd pas tout »
COTGRAVE: « Chose perdue est lors cogneue »
COTGRAVE: « Tout est perdu ce qu'on donne à fol »
COTGRAVE: « Tout ce qui gist en peril, n'est pas perdu »
ÉTYMOLOGIE
Wallon, pied ; Berry, parde ; bourg. pardre ; les paysans dans la comédie, pardre (
MOL.: « Ils m'ont fait pardre ) ; prov.
SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE PERDRE. Ajoutez :
34 S. m. Le
MALH.: « Ce n'est point le
1ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française
| Verbe |
("Je perds, tu perds, il perd; nous perdons, vous perdez, ils perdent. Je perdais. Je perdis. Je perdrai. Je perdrais. Perds. Que je perde. Que je perdisse, etc. Perdant. Perdu.") Être privé de quelque chose qu'on avait, dont on était en possession. "Perdre son bien. Perdre sa place. C'est un homme qui n'a rien à
Prov., "Vous ne
2ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française
signifie aussi, Être privé, par la mort ou autrement, d'une personne qu'on aimait, qu'on a sujet de regretter. "Ce père a perdu depuis peu trois de ses enfants. Il a perdu son père et sa mère. Il vient de
Il signifie encore, Être privé de quelque partie de soi, subir la perte ou la diminution sensible de quelque faculté, de quelque avantage physique ou moral que l'on possédait. "Perdre un bras, une jambe, un doigt. Perdre du sang. Perdre son sang. Perdre la santé. Perdre ses forces. Perdre la vue. Perdre les yeux à force de lire. Perdre la connaissance. Perdre connaissance. Perdre toute connaissance. Perdre la raison, l'esprit, le jugement. Perdre la mémoire. Perdre le repos, le sommeil, l'appétit. Perdre son embonpoint, sa fraîcheur. Perdre sa gaîté, son égalité d'humeur. Perdre le courage. Perdre courage. Perdre l'usage de ses sens. Perdre la grâce de Dieu. Perdre les bonnes grâces, l'estime, la bienveillance, la faveur, la confiance de quelqu'un. Perdre sa réputation, son crédit, son honneur. Perdre de son crédit, de sa réputation. Perdre son emploi, ses dignités, ses honneurs."
"Perdre la vie," Mourir.
"Perdre la parole, l'usage de la parole," Ne plus pouvoir parler. "Le malade a perdu la parole depuis vingt-quatre heures." Il signifie aussi, Devenir muet de surprise, de crainte, etc.
"Perdre haleine, l'haleine,
"Perdre la tête," Avoir la tête coupée. "Il a été condamné à
Fig., "Perdre la tête," Devenir fou. Il signifie aussi, Ne savoir plus où l'on en est. "J'ai tant d'embarras, tant de chagrins, que j'en perds la tête." On dit, dans un sens analogue, "Ma tête se perd, je m'égare."
Fam., "Il en perd le boire et le manger," se dit D'un homme tellement appliqué à quelque travail, qu'il semble négliger toute autre chose. On le dit en général D'une personne fortement et uniquement occupée de quelque objet.
3ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française
signifie quelquefois, Égarer une chose. "J'avais perdu mon mouchoir, je l'ai retrouvé. J'ai perdu mon chapeau, aidez-moi à le chercher. Voilà des gants que je viens de trouver, qui est-ce qui les a perdus? Il a perdu son chien, son perroquet."
"Perdre quelqu'un," Le laisser s'égarer, ou L'égarer, le détourner de sa route. "Cette bonne a perdu à la promenade un des enfants qui lui étaient confiés. Ce postillon nous a perdus."
4ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française
signifie aussi, Cesser d'avoir, n'avoir plus. "Les arbres ont perdu leurs feuilles. Cette pierre a perdu de sa dureté. La cuisson fait
"Cette rivière perd son nom dans telle autre, " Cette rivière, en tombant dans telle autre, prend le nom de celle-ci.
5ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française
signifie aussi, Cesser de suivre ou d'occuper, laisser échapper ou laisser prendre. "Perdre son chemin. Il s'arrêta pendant que le cortége marchait, et il perdit son rang. Le cocher s'est laissé couper, et il a perdu la file. Les chiens ont perdu la piste, la trace, la voie, les voies de la bête."
Fig., "Perdre la trace, les voies, le train d'une affaire," N'être plus au courant d'une affaire, ne savoir plus où elle en est.
Fig., "Perdre du terrain," Reculer dans une affaire, au lieu d'avancer.
"Perdre un objet de vue," Cesser de le voir, ne le voir plus. "Ne perdez pas cet enfant de vue. Le vaisseau s'éloigna, et nous le perdîmes de vue en un moment."
Fig., "Perdre de vue une affaire, un dessein," Cesser de le suivre, de s'en occuper. "Perdre quelqu'un de vue," Être longtemps sans en entendre parler.
Fig., "On ne peut le suivre, on le perd de vue," se dit D'un homme qui se jette dans des discours trop élevés.
Fig., "Cette mère ne perd point sa fille de vue," Elle la surveille soigneusement.
"Perdre le fil d'un discours," Ne pouvoir plus suivre le discours qu'on avait commencé, ne pouvoir plus se ressouvenir de ce qu'on avait à dire. "Je ne sais plus où j'en étais, vous m'avez fait
"Perdre pied,
"Perdre terre," se dit aussi D'un bâtiment qui s'éloigne assez de terre pour la
En termes de Marine, sur la Méditerranée, "Perdre la tramontane," Ne plus voir l'étoile polaire, à cause des nuages qui couvrent le ciel; ne pouvoir plus s'aider de la boussole, à cause de l'agitation du vaisseau.
Fig. et fam., "Perdre la tramontane," Être troublé, ne savoir plus où l'on en est, ne savoir plus ce qu'on fait ni ce qu'on dit.
Fig. et fam., "Perdre la carte," Se troubler, se brouiller, se confondre dans ses idées.
6ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française
signifie aussi, Faire un mauvais emploi, un emploi inutile de quelque chose, manquer à en profiter. "Perdre le temps. Perdre son temps. Perdre sa peine, ses soins, ses pas. Il a perdu sa jeunesse au service de tel prince. Perdre l'occasion. J'ai perdu ma journée. Il m'a fait
Prov. et fig., "À laver la tête d'un âne, d'un More, on perd sa lessive," On perd les peines qu'on prend pour instruire une personne stupide, indocile, obstinée, ou pour lui faire entendre raison.
Prov. et fig., "Vous y perdez vos pas," Vous ne réussirez pas à ce que vous entreprenez.
Prov. et fig., "Perdre son latin," Employer, sans succès, son savoir et sa peine. "Il a voulu le persuader, il y a perdu son latin."
7ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française
signifie encore, Être vaincu en quelque chose par un autre, avoir du désavantage contre quelqu'un en quelque chose. "Perdre une gageure, un pari, un dédit. Perdre la partie. Qui quitte la partie, la perd. Perdre partie, revanche et le tout. Perdre une bataille. Perdre la bataille. Il a perdu son procès. Perdre son avantage, sa supériorité."
Prov., "Il joue à tout
8ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française
s'emploie quelquefois absolument, et signifie, Ne pas obtenir le gain, le profit, l'avantage qu'on désirait ou qu'on espérait. "Vous n'avez pas perdu au change. Il faut savoir
"Jouer à qui perd gagne," Jouer à un jeu où l'on convient que celui qui perdra selon les lois ordinaires, gagnera la partie. Il se dit, figurément et familièrement, Lorsqu'un désavantage apparent procure un avantage réel.
"Ce marchand perd sur sa marchandise," Il la vend moins cher qu'il ne l'a achetée. "Il perd dans son commerce," Il y souffre du dommage, du préjudice. On dit de même, "Perdre tant sur une marchandise, sur un marché."
9ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française
signifie aussi, Diminuer de valeur. "Son papier perd tant pour cent. Cette espèce d'effets perd sur la place. Cette marchandise, cette denrée perd dans le commerce."
"Cet homme, cet ouvrage a beaucoup perdu," On en fait beaucoup moins de cas qu'auparavant. "Sa réputation perd chaque jour," De jour en jour on diminue de l'estime qu'on faisait de lui.
10ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française
signifie figurément, Ruiner, déshonorer, décréditer; causer du préjudice à la fortune de quelqu'un, à sa réputation, à sa santé, etc. "C'est un homme qui vous perdra. Il a perdu tous ceux qui se sont opposés à ses desseins. Ses ennemis l'ont perdu dans l'esprit du prince. Cette parole imprudente le perdit. La fréquentation de cette maison l'a perdu de réputation. Ses folles dépenses l'ont perdu. Ses débauches le perdront."
Il signifie aussi, Gâter l'esprit, le jugement; Corrompre les moeurs, débaucher. "Il a perdu par ses maximes une infinité de jeunes gens. Vous le perdez par vos flatteries. Elle était sage, mais les mauvaises compagnies l'ont perdue."
Il signifie encore, Gâter, endommager quelque chose. "La nielle a perdu les blés. La rivière s'est débordée, et a perdu toute la campagne. La pluie a perdu la robe de cette femme."
"Un moment, une indiscrétion peut tout
11ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française
s'emploie avec le pronom personnel en plusieurs significations différentes.
Il signifie, Faire naufrage. "Ce bâtiment s'est perdu sur une côte, contre un rocher. Ils se sont perdus au delà de la ligne. Ils se sont perdus corps et biens."
Il signifie aussi, Disparaître. "Il se perdit dans la foule, et je ne pus le retrouver. Un ballon qui se perd dans les nues."
Il s'emploie absolument, en termes de Billard, et signifie, Mettre sa propre bille dans la blouse, ou la faire sauter hors du billard.
Fig. et fam., "Se
Fig., "Se
"L'odeur de cette liqueur, de cette essence s'est perdue," Elle s'est dissipée, elle s'est évaporée.
"Ces couleurs, ces nuances se perdent l'une dans l'autre," Insensiblement elles viennent à être tellement mêlées, qu'on n'en voit plus la différence.
"Cette rivière se perd dans la terre, sous terre à tel endroit," Elle s'enfonce en terre, elle disparaît à tel endroit. "Cette rivière se perd, va se
"Le chemin se perd en tel endroit," Il cesse d'être frayé dans tel endroit.
"Cet usage se perd de jour en jour," De jour en jour on cesse de le suivre, on y renonce. On dit dans le même sens, "Ce mot s'est perdu, cette acception du mot s'est perdue."
12ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française
avec le pronom, signifie aussi, S'égarer, se fourvoyer, ne plus retrouver son chemin. "Nous nous perdîmes dans le bois." On dit neutralement, "Mener
Fig., "Je m'y perds, on s'y perd, l'esprit s'y perd," se dit en parlant D'une chose où l'on a peine à rien concevoir.
13ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française
avec le pronom, signifie encore, Se ruiner. "Il se perd par ses dépenses excessives."
Il s'emploie figurément, et signifie, Se compromettre gravement, ou Se déshonorer, se faire tort dans l'opinion des autres. "Malheureux, qu'allez-vous faire? vous vous perdez. Vous vous
Prov., "Il joue à se
"Se
Emplacement dans le dictionnaire :
| percussion percutant percuter perd-sa-queue perdable perdant perdendosi | perdicés perdition perdreau perdrix perdu perdurer | pere père peré peregriner pérégriner péremption peremption |
Quelques citations relatives :
Citation n°1 de Pierre LOTI (Mon frère Yves)...où se couchait le soleil, il y avait en l'air des espèces de voûtes formées par des successions de tout petits nuages d'or ; leurs perspectives fuyantes s'en allaient, s'en allaient en diminuant se perdre dans les lointains du vide ; on les suivait jusqu'au vertige ; c'étaient comme des nefs de temples apocalyptiques n'ayant pas de fin. Et tout était si pur, qu'il fallait l'horizon de la mer pour arrê...
Citation n°2 de Pierre LOTI (Mon frère Yves)
...Seulement, cette fois, il ne s'agissait plus d'arrêter un caprice d'enfant, mais d'engager une lutte suprême avec lui. Elle avait été longue et cruelle, cette lutte, et je m'étais senti bien près de perdre courage, de l'abandonner à la destinée sombre qui l'emportait. Et puis elle s'était terminée brusquement par de bonnes larmes qu'il avait versées, des larmes qui avaient besoin de couler depuis deux...
Citation n°3 de Pierre LOTI (Le Roman d'un enfant)
...serrait un peu le coeur de la savoir dehors... les rues ! ... j'étais bien content de ne pas y être, moi, dans les rues, où il faisait froid, où il faisait nuit, où les petits enfants pouvaient se perdre... comme on était bien ici, devant ces flammes qui réchauffaient ; comme on était bien, dans sa maison ! peut-être n'avais-je jamais compris cela comme ce soir ; peut-être était-ce ma première vraie...
Citation n°4 de Pierre LOTI (Le Roman d'un enfant)
...mais que j'admire encore. La pensée que le visage de ma mère pourrait un jour disparaître à mes yeux pour jamais, qu'il ne serait qu'une combinaison d'éléments susceptibles de se désagréger et de se perdre sans retour dans l'abîme universel, cette pensée, non seulement me fait saigner le coeur, mais aussi me révolte, comme inadmissible et monstrueuse. Oh ! Non, j'ai le sentiment qu'il y a dans ce...
Citation n°5 de Pierre LOTI (Le Roman d'un enfant)
...fois peut-être je songeais que grand'mère avait été jeune ; que sans doute, avant ce trouble survenu dans sa tête, mon père l'avait chérie comme moi je chérissais maman, et que son chagrin de la perdre allait être extrême ; j'avais pitié de lui et je me sentais plein de remords pour avoir ri des chansons, pour avoir ri des causeries avec l'image de miroir... on m'envoya en bas. Sous différents...
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